Des modes de gouvernance multi-acteurs pour ancrer le concept de démocratie alimentaire
Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les biens alimentaires répondent aux logiques de marché et les citoyens ne peuvent orienter la construction de leur système alimentaire qu’au travers de l’acte d’achat. Or, ce « pouvoir d’achat » concerne des ménages détenant des ressources financières suffisantes : c’est donc là une forme d’injustice sociale. Pour ancrer le principe de démocratie alimentaire, deux leviers d’action se dégagent : reconnaître l’effectivité du droit à l’alimentation et renforcer les capacités d’action collective au travers de modes de gouvernance multi-acteurs à toutes les échelles des systèmes alimentaires. Ces différentes synthèses s’intéressent donc à une grande diversité d’acteurs clés : l’État, les instances internationales, les collectivités territoriales et gestionnaires de restauration collective, le monde agricole (paysans, associations de développement comme EHLG), les réseaux de la société civile (associations locales, projets de paniers solidaires), ainsi que les citoyens eux-mêmes, appelés à participer activement via des dispositifs délibératifs comme les conventions citoyennes.
Depuis quelques décennies, les concepts et les expériences de démocratie délibérative et/ou participative se développent partout dans le monde. Les Dannées 1970 marquent le lancement d’expérimentations de démocratie délibérative basées sur la sélection aléatoire : les jurys citoyens sont inventés en Allemagne et aux ÉtatsUnis. À la fin des années 1980, les conférences de citoyens voient le jour au Danemark et les sondages délibératifs sont expérimentés par Fishkin aux États-Unis. Les (…)
L’alimentation durable peut se définir comme « une alimentation choisie, désirable, culturellement acceptable, en accord avec les valeurs, les préférences L et les pratiques alimentaires, de bonne qualité sanitaire, nutritionnellement adéquate, respectueuse de l’environnement, économiquement viable et équitable » (Caillavet et al. , 2021). La question de son accessibilité est une problématique « qui soulève des questions d’ordre agricole, alimentaire mais aussi de justice sociale » (Balbot (…)
Depuis la crise économique de 2008, des études montrent une dégradation des conditions de vie et d’emploi ainsi qu’une augmentation des inégalités défavorables aux personnes qui étaient déjà auparavant en situation de précarité et d’exclusion sociale (Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, 2012). La pauvreté, généralement considérée en termes de pauvreté monétaire, est définie par vingt-sept indicateurs dans les statistiques européennes, parmi lesquels deux renvoient (…)
Le concept de démocratie alimentaire est relativement récent. Pour autant, des exemples de citoyens travaillant pour se réapproprier leur alimentation sont Lmultiples. C’est le cas au Pays basque où l’association Euskal Herriko Laborantza Ganbara (EHLG), qui signifie la chambre d’agriculture du Pays basque, travaille depuis 2005 en prenant en compte les avis de représentants de consommateurs et de défenseurs de l’environnement. Cette synthèse s’intéresse au mode de gouvernance de (…)
Le 1er novembre 2018, après de nombreuses négociations et plusieurs aller-retours entre l’Assemblée nationale et le Sénat, la loi n° 2018-938 pour L l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine et durable est promulguée. Aussi nommée loi EGalim, car issue des États généraux de l’alimentation, cette loi introduit tout un champ de mesures qui va toucher toutes les étapes de la vie d’un produit alimentaire, du producteur au consommateur, de la (…)