JIPAD 2025

La Chaire et les étudiant·e·s IPAD se sont donné rendez-vous le 3 avril 2025 pour la 11ième édition de la Journée des Innovations et Politiques pour une Alimentation Durable.

Les innovations techniques ou organisationnelles visant à renforcer des systèmes alimentaires durables foisonnent. Mais quel est leur impact ? Quels paradigmes défendent-elles ? Quels acteurs se mobilisent et s’organisent, pour quelles actions concrètes ? Voici un avant-goût de cette journée riche en échanges, qui a été l’occasion d’explorer les enjeux de la transition vers des systèmes alimentaires durables à travers cinq thématiques majeures :

  • Alimentation durable et pouvoir d’agir des mangeurs : une histoire de poule et d’œuf ?
  • Consomm’acteur… vraiment ? L’influence des environnements alimentaires sur nos choix
  • Se relier pour subsister : de nouvelles coopérations pour la résilience des systèmes alimentaires
  • Du champ à l’assiette : la traçabilité comme levier d’une production durable ?
  • Le bonheur est dans l’assiette : replacer le bien-être dans les systèmes alimentaires

THEME 01. Alimentation durable et pouvoir d’agir des mangeurs : une histoire de poule et d’œuf ?

Remettre les citoyens et/ou habitants au cœur des processus de décision qui les concernent est essentiel pour pouvoir réengager le dialogue avec eux. En même temps, les reconnaître comme parties prenantes plutôt que simples sujets leur permettrait de réinvestir l’espace public et d’y développer un pouvoir d’agir individuel et collectif.
Mais par où commencer ? Pour répondre à cette question, les trois synthèses présentées dans ce chapitre proposent une approche par le prisme de l’alimentation. L’alimentation est universelle et omniprésente dans nos vies. Elle relève du vécu de chacun et de chacune et s’expérimente de manière individuelle et/ou collective. Elle offre à chacun et à chacune un domaine d’expertise à partager, elle devient vecteur de liens en dépassant les fractures sociales. Elle peut aussi redonner du pouvoir d’agir dans le cadre d’une relation de réciprocité entre acteurs publics et citoyens-mangeurs pour la transformation des « paysages alimentaires ».

La première synthèse décrit dans quelle mesure l’alimentation peut être un levier d’engagement citoyen. La seconde interroge la manière dont l’alimentation peut nourrir une démocratie plus participative et plus inclusive. Enfin, la troisième synthèse aborde la question de la réciprocité du pouvoir d’agir entre soignants et résidents dans le cas de la prise en charge de ces derniers en Ehpad.

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THEME 02. Consomm’acteur… vraiment ? L’influence des environnements alimentaires sur nos choix

Aujourd’hui, se nourrir est bien plus qu’un simple acte quotidien : il s’agit d’un geste ancré dans un environnement, un mode de vie et un système économique. Les paysages alimentaires désignent l’ensemble des lieux, des acteurs et des pratiques liés à l’approvisionnement en nourriture sur un territoire donné. Ils traduisent les habitudes des populations, les logiques de consommation, les structures de distribution, mais aussi les inégalités d’accès à une alimentation saine et choisie. Comprendre ces paysages, c’est interroger les formes d’organisation du commerce alimentaire, les préférences des consommateurs et les choix politiques qui influencent l’offre disponible.

Ce chapitre propose de s’intéresser à quatre innovations. La première synthèse analyse comment certaines grandes et moyennes surfaces intègrent de nouveaux processus d’approvisionnement favorisant les circuits courts et la juste rémunération des producteurs. La deuxième interroge le rôle de la transformation des épiceries indépendantes dans la construction d’un paysage alimentaire durable. La troisième synthèse porte sur les initiatives visant à rendre les produits alimentaires durables plus accessibles dans les halles et les marchés de plein vent. Enfin, la dernière étudie l’impact de la fiscalité nutritionnelle dans la promotion d’une alimentation plus saine, ainsi que ses enjeux d’efficacité et d’impact socio-économique.

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THEME 03. La coopération multiacteurs : un gage de résilience alimentaire

Une situation de crise vient généralement alerter les parties prenantes d’un système alimentaire sur leurs capacités de résistance et d’adaptation. Agir ensemble, se concerter et collaborer pour innover, et engager les changements nécessaires face aux perturbations peut alors apparaître comme une évidence. La coopération multiacteurs apparaît comme un prérequis fondamental pour garantir la robustesse des systèmes alimentaires territoriaux et l’implantation de changements systémiques fondés sur l’intérêt général.

La première synthèse de cette section vise précisément à démontrer comment une situation de crise peut permettre de faire émerger de nouvelles formes de coopération entre acteurs, nécessaires aux changements du système alimentaire territorial de la Nouvelle-Calédonie. La seconde analyse la politique agricole et alimentaire de la Ville de Paris pour la préservation de l’eau hors de son territoire, et démontre que le soutien des collectivités publiques doit passer à travers une gouvernance systémique et multisectorielle. Enfin, la dernière synthèse interroge la capacité à mener des coopérations multiacteurs élargies aux non-humains, à travers une analyse critique de la démarche de biostimulation par l’apport de champignons mycorhiziens arbusculaires dans les sols.

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THEME 04. Du champ à l’assiette  : la traçabilité comme levier d’une production durable ?

La mondialisation des échanges, la standardisation des produits alimentaires, le développement de la grande distribution et la multiplication des intermédiaires ont profondément transformé les systèmes alimentaires. Ces évolutions ont conduit à un allongement des filières et à une distanciation entre producteurs et consommateurs aux niveaux géographique, économique, cognitif, sensoriel, social ou politique (Bricas et al., 2021). Cette mise à distance génère une certaine défiance, et les consommateurs réclament aujourd’hui une transparence accrue sur l’origine, la qualité et les conditions de production des aliments qu’ils consomment.

La traçabilité est désormais mobilisée comme levier de durabilité. Elle permet de certifier l’origine des produits, de garantir leur légalité, leur conformité aux droits humains et aux normes environnementales. Elle favorise également une meilleure répartition de la valeur au sein des chaînes de production, en assurant une plus grande transparence pour les producteurs, notamment concernant les flux financiers. À travers deux études de cas, le présent chapitre se situe à l’intersection entre les enjeux de traçabilité, de durabilité et d’innovation technologique. Il illustre les opportunités et les limites que génère la traçabilité, dans la perspective de transitionner vers des modèles agricoles plus justes et durables. En particulier, le chapitre questionne les effets de tels dispositifs techniques sur les producteurs, leurs pratiques agricoles et leurs revenus.

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THEME 05. Le bonheur est dans l’assiette : replacer le bien-être au cœur des systèmes alimentaires

Ce que nous mangeons, comment nous mangeons et avec qui nous mangeons influencent directement notre santé mentale, notre qualité de vie et notre équilibre social. L’alimentation ne se limite donc pas à un simple besoin vital. Elle touche à l’émotion, au lien social, à l’identité culturelle, au rapport au vivant. Se nourrir, c’est se relier à soi, aux autres et à la biosphère (Bricas et al., 2021). Dès lors, la question du bien-être ne peut être dissociée de notre alimentation : elle en est une composante fondamentale, à la fois personnelle et collective.

Ce chapitre propose d’explorer cette idée à travers deux perspectives complémentaires. La première porte sur l’adaptation de l’alimentation aux besoins des publics âgés, en particulier ceux atteints de troubles cognitifs comme la maladie d’Alzheimer, à travers le programme de recherche européen « Tradinnovations ». La seconde interroge les manières dont les entreprises agroalimentaires peuvent intégrer les principes du bonheur national brut (BNB) pour transformer en profondeur leurs pratiques et finalités. Bien que distincts, ces deux volets partagent une conviction commune : l’alimentation peut être un puissant vecteur de bien-être, à toutes les échelles – individuelle, collective et organisationnelle.

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