JIPAD 2019
La Journée des innovations pour une alimentation durable est organisée chaque année au début du printemps, à Montpellier. Dans un format original et dynamique basé sur des courtes vidéos, les 14 étudiants du Mastère spécialisé Innovations et politiques pour une alimentation durable (IPAD) présentent et analysent des innovations, déjà développées ou encore à l’état de concept, susceptibles de jouer un rôle dans le renforcement de la durabilité des systèmes alimentaires.
Pour cette cinquième édition, 4 thématiques seront abordées :
- De nouvelles démarches en agriculture pour plus de durabilité ?
- Nos producteurs ont du talent : Innover pour le valoriser
- L’alimentation, créatrice de lien social ?
- La ville carrefour d’initiatives
Vous pouvez retrouver l’ensemble des contenus de cette journée ci-dessous.
THEME 01. De nouvelles démarches en agriculture pour plus de durabilité ?
Ce chapitre propose trois innovations rencontrées dans les paysages agricoles français et africain qui illustrent une petite partie de la diversité existante mais qui ont le mérite de chercher à maximiser les impacts positifs des systèmes de production agricoles en transition. Elles questionnent plusieurs échelles, celles de la ville, de la région et du pays. Ce chapitre présente en premier lieu une innovation technique : l’agriculture de précision et l’intérêt qu’elle pourrait avoir en Afrique de l’Ouest afin de valoriser les pratiques économes en intrants des exploitations. Puis, en France, une innovation juridique propose aux collectivités un outil de protection des zones agricoles et naturelles pour permettre une préservation des espaces périurbains non bâtis face à l’étalement urbain. Enfin, une innovation organisationnelle propose, à travers un processus de co-construction d’un projet de recherche pour le développement d’une agroécologie paysanne en Occitanie, des pistes d’actions pour décloisonner les savoirs et rendre accessible la connaissance scientifique.
À travers ces exemples, nous détaillerons comment se construisent ces outils, comment les acteurs investis dans la transition de nos systèmes alimentaires se les approprient et comment ces outils contribuent à la durabilité des systèmes alimentaires. Au-delà des innovations présentées, nous cherchons à réfléchir aux conditions politiques et institutionnelles permettant un changement d’échelle de ces initiatives.
THEME 02. Nos producteurs ont du talent : innover pour le valoriser
À la source de notre alimentation se trouvent des agriculteurs et des savoir-faire, sur terre et en mer, que les quatre innovations présentées dans ce chapitre explorent et cherchent à valoriser. Ce ne sont pas forcément les producteurs eux-mêmes qui innovent, mais plus largement des communautés d’acteurs : producteurs, transformateurs et distributeurs, mais aussi consommateurs, collectivités publiques, associations et groupements économiques. Ces projets innovants présentent justement des caractéristiques communes :
- ils proposent une alternative à l’hyperspécialisation des acteurs de la filière par la créativité et l’émergence de solutions visant à mieux répartir la valeur au sein de la filière ;
- ils sont fondés sur l’intermédiation et les échanges entre les différents acteurs pour créer de nouvelles formes d’alimentation, plus durables, et contribuer à la transition écologique ;
- ils prennent sens et se développent selon le contexte de leur émergence, et selon l’environnement ou le territoire dans lequel ils interagissent.
Enfin, ces innovations et les conditions de leur propagation nous interrogent sur la nature même de l’innovation : ne peut-elle exister que dans un marché avec la condition de sa viabilité économique, ou peut-elle être légitime par son seul caractère alternatif ? L’innovation fonctionnerait alors plutôt comme un gage de diversité et d’inspiration pour assurer une pluralité de modèles agissant en renfort de la durabilité des sociétés et de l’alimentation.
Note au lecteur : la présentation de ces innovations a été co-construite avec Ronan Le Velly, enseignant-chercheur en sociologie à Montpellier SupAgro (UMR Innovation), qui a introduit cette session lors de la Jipad 2019. Nous tenons à le remercier ici pour son aide et son intervention.
- Poiscaille : un circuit court en ligne des produits de la mer au service de la pêche durable ?
- Choba Choba – A chocolate revolution ?
- Un nuancier oléicole dans le Gard rhodanien : traduire les couleurs de l’olive en saveurs de l’huile
- HOPEN – Terre de Houblon, catalyseur de l’émergence d’un bassin de production de houblon en Lot-et-Garonne
THEME 03. L’alimentation, créatrice de lien social ?
D’après Claude Fischler, sociologue de l’alimentation, l’acte alimentaire « se déroule selon des protocoles imposés par la société » et n’a pas qu’une fonction biologique. En effet, l’organisation du repas relève du « fait social », « manger » façonne l’identité et définit le plaisir. Une autre fonction est donc également reconnue à l’alimentation : sa capacité à créer ou resserrer les liens sociaux. La commensalité, c’est-à-dire le fait de partager un repas, peut permettre de générer du dialogue en passant outre les distinctions de classe sociale, d’âge, de religion ou de nationalité. Mais l’alimentation peut rapidement devenir, sous la pression de contraintes économiques, un élément d’isolement, voire d’exclusion. Toutefois, des innovations émergent pour que l’accès à une alimentation durable soit garanti pour tous et permette une meilleure insertion sociale des personnes exclues.
Ce chapitre porpose l’analyse de trois projets inédits, bien que distincts en termes de population cible ou de méthodes d’action déployées, qui cherchent à offrir un accès solidaire à une alimentation durable pour tous.
La diffusion, l’articulation avec des innovations semblables sur d’autres territoires ou à une échelle plus globale est une réflexion transversale. Enfin, se pose la question de l’équilibre et de l’autonomie des modèles économiques des trois projets. Au-delà même de la viabilité financière, c’est en fait le rôle de l’État dans l’alimentation durable qui se dessine en filigrane. Est-ce ou non une mission régalienne que d’œuvrer pour l’accès à une alimentation saine et responsable de tous les citoyens ? Les subventions nationales dédiées à l’agro-industrie ne devraient-elles pas se redéployer pour soutenir des initiatives comme celles présentées dans ce chapitre ? Faut-il revendiquer que l’argent public soit mis au service d’une mutation des systèmes alimentaires vers davantage de durabilité et d’égalité, et si oui, comment ? La lecture des synthèses ci-après devrait suggérer des réflexions sur ces questions qui suscitent le débat.
THEME 04. La ville, carrefour d’initiatives
Traversées par une pluralité d’enjeux socioéconomiques, environnementaux et sanitaires, les villes apparaissent comme un véritable terrain d’actions publiques, associatives et entrepreneuriales. Leurs fondations, entre concentration humaine et croisement des savoirs, limites et opportunités, sont celles d’un berceau d’initiatives et de concepts novateurs, révélant la ville comme un lieu d’activités plurielles et d’évolution continue. En parallèle, la saturation des espaces et la densité démographique qui les caractérisent forment une diversité d’obstacles, tant réglementaires qu’organisationnels, qui invitent les acteurs urbains à innover pour dépasser ces aspérités.
Parmi les enjeux capitaux dont une ville doit se préoccuper, se trouve la question de l’approvisionnement alimentaire, véritable moyen d’assurer sa résilience. C’est dans l’optique de dessiner l’éventail des possibles que nous avons construit cette quatrième et dernière session autour des centres urbains. Comment répondre à une telle concentration de besoins ? Quelle place pour l’approvisionnement alimentaire dans l’aménagement des villes ? L’organisation entre producteurs, l’optimisation de la distribution, la logistique urbaine ou encore l’intérêt grandissant à l’égard des valeurs éthiques et environnementales des produits, sont autant d’impératifs que la ville tend à maîtriser en donnant lieu à des initiatives complémentaires.
Au cœur des préoccupations de l’alimentation durable, se retrouve ainsi la volonté d’accroître l’offre alimentaire dite responsable, de pérenniser et de stimuler l’économie agroalimentaire d’un territoire, à savoir les producteurs, les entreprises ainsi que les distributeurs locaux, pour atteindre des finalités de préservation de l’environnement et de la santé des populations. Les villes se présentent, à ce titre, comme un terrain fertile de solutions et de leviers pour tendre vers une alimentation durable. Ces quelques initiatives n’étant en effet qu’une représentation infime de l’étendue des possibles des systèmes alimentaires urbains.
- Deliveroo Editions : la marchandisation de la cuisine toujours en marche
- Composter en circuit court les biodéchets de professionnels urbains : l’ingénieux modèle des Alchimistes
- Labelliser les restaurants écoresponsables : l’initiative d’Écotable à Paris
- L’action collective, outil de pérennisation et de développement des circuits courts
