JIPAD 2018

Dans un format original et dynamique basé sur des courtes vidéos, les 25 étudiants de la promotion 2017-2018 des formations ISAM-IPAD ont analysé et présenté des innovations, déjà développées ou encore à l’état de concept, susceptibles de jouer un rôle dans le renforcement de la durabilité des systèmes alimentaires.

A l’occasion de cette quatrième édition, cinq thématiques ont été balayées :

  • Nos déchets ont de la ressource !
  • Et si l’alimentation nourrissait l’insertion ?
  • Les acteurs publics, piliers d’un changement politiquement durable
  • Quand les circuits de distribution se réinventent
  • Innover pour la durabilité oui, mais pas tout seul !

Retrouvez aussi la conférence inaugurale de la JIPAD 2018 par Nicolas Bricas :

THEME 01. Nos déchets ont de la ressource !

Le déchet est défini comme un produit que l’on destine à l’abandon. Cette notion est subjective, nourrie par des critères majoritairement culturels. Tant que l’objet reste la propriété d’un individu, il sera considéré comme une ressource. Ce modèle linéaire « produire, consommer, jeter, oublier » atteint ses limites. D’une part, une forte augmentation des déchets a été observée au cours des quarante dernières années. D’autre part, l’épuisement des ressources naturelles pousse une population toujours grandissante à repenser leur exploitation et à optimiser leur utilisation.

En réponse à ces constats, l’économie circulaire prône un nouveau paradigme, inversant la vision de rejet systématique du déchet en le transformant en ressource. À la manière d’un arbre qui perd ses feuilles, qui deviennent elles-mêmes un humus qui le nourrira, l’économie devrait être un cycle vertueux qui s’auto-alimente.
Changer les comportements serait donc nécessaire, mais cela ne doit pas seulement incomber à l’individu. Pour accompagner ce changement, il faut repenser les constructions sociales, organisationnelles et culturelles, ainsi que la réglementation liées aux déchets.

Dans ce chapitre, on montre par exemple que l’application de ces nouveaux concepts peut être illustrée par la valorisation des biodéchets en compost. Les articles suivants présenteront des innovations concernant la revalorisation des biodéchets ménagers mais également des déchets des acteurs économiques, des coproduits d’industrie et de filières agricoles ou encore des eaux usées...

Bonne plongée dans nos poubelles !

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THEME 02. Quand les circuits de distribution se réinventent

La distribution a toujours constitué le dernier maillon dans la chaîne de valeur des filières alimentaires. Dans les années 1950 se sont développées les grandes enseignes de distribution telles que nous les connaissons aujourd’hui. Ce développement s’est accompagné d’une diminution du nombre de commerces et marchés de proximité, ainsi que de l’apparition de circuits de commercialisation favorisant les filières longues et les acteurs intermédiaires (négociants, centrales d’achat). Ce modèle présentait plusieurs avantages, mais force a été de constater que ce modèle était facteur de gaspillage, de déchets, d’inégalités sociales et de distanciation entre les mangeurs et la provenance de l’alimentation. La praticité offerte par les circuits de distribution ne semble alors pas pouvoir rimer avec durabilité économique, sociale et environnementale. Une certaine défiance des consommateurs envers ce modèle de distribution s’est donc installée.

Dans ce contexte, de nombreuses initiatives innovantes apparaissent sur les territoires, avec comme objectif de réinventer la distribution, en recréant du lien social, de la justice et de la proximité au sein des filières, tout en permettant d’assurer transparence et traçabilité. C’est ce dont témoignent les cinq innovations présentées dans ce chapitre. Néanmoins, elles posent toutes la question du changement d’échelle : comment ces initiatives peuvent-elles croître tout en conservant leurs valeurs et en continuant à respecter leur engagement de durabilité ?

Note au lecteur : Ce texte a été co-construit avec Marion MAZEL, qui a présenté cette session lors de la Jipad 2018. Marion Mazel, diplômée ISAM en 2016, est actuellement chargée de la structuration de l’offre au MIN de Montpellier. Nous tenions à la remercier ici pour son aide et son intervention.

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THEME 03. L’alimentation comme levier d’insertion sociale

Aujourd’hui, en France et dans le monde, de nombreuses personnes vivent toujours dans une situation de grande précarité, à la fois sociale et économique. L’insertion des personnes en situation d’exclusion peut être favorisée et encouragée par une variété de mesures et de dispositifs, comme l’insertion par l’activité économique (chantiers et entreprises d’insertion), l’accompagnement des personnes en situation de handicap vers le retour à l’emploi (ESAT ou entreprises adaptées), ou encore l’accompagnement vers des formations professionnalisantes. Quelle que soit la forme prise par ces dispositifs, la construction du projet de vie à travers le travail apparaît être le grand intégrateur : le projet Food2rue en France et le programme AFOP au Cameroun décryptés dans ce chapitre en sont l’illustration.

Le secteur de l’alimentation durable est d’autant plus porteur qu’il correspond à une demande sociétale émergente. Son essor présente de multiples opportunités d’emploi ou de création d’activité, à tous les niveaux du système alimentaire, aussi bien en milieu urbain que rural. Ainsi, le Réseau Cocagne relie depuis plus de vingt ans insertion par l’emploi et agriculture durable. Pauline Chatin a rejoint ce réseau avec la création des Vignes de Cocagne, première exploitation viticole biologique à but d’insertion. Invitée à introduire la thématique de l’insertion lors de la Jipad 2018, elle évoque des leviers qui restent selon elle à mieux activer : des politiques permettant de renforcer le potentiel des filières agricoles en matière d’insertion, des solutions qui puissent inclure une plus grande diversité de citoyens en situation d’exclusion, par exemple les personnes handicapées, des formes d’insertion qui génèrent un impact positif en terme d’inclusion dans un territoire obtenu grâce à la réinsertion. Les trois innovations présentées dans ce chapitre interrogent également ces leviers et les défis auxquels ils répondent.

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THEME 04. Les acteurs publics, piliers d’un changement politiquement durable

Aujourd’hui, l’accroissement de la population mondiale fait couler beaucoup d’encre. Néanmoins, l’urbanisation prend également de l’ampleur : selon la FAO, 60 % des habitants de la planète vivent actuellement en zone urbaine, contre 80 % estimés pour 2050. Nous serons alors 10 milliards d’êtres humains sur Terre, soit 8 milliards à habiter en ville. Ces chiffres amènent à remettre en question les fonctionnements de la société contemporaine et soulèvent de nombreux enjeux : économiques, sociaux, environnementaux, urbanistiques, alimentaires, etc. Une question se pose alors : pourra-t-on continuer à alimenter une population grandissante et majoritairement urbaine de la même manière qu’aujourd’hui ?

Ces dernières années, les crises financières et sanitaires, ainsi que les difficultés à mettre en place des politiques de développement viables à toutes les échelles ont participé à la perte de confiance des citoyens envers les États-nations. De nouveaux acteurs, tels que le secteur privé et les organisations de la société civile, commencent ainsi à s’emparer des enjeux que représentent la croissance démographique, l’urbanisation et l’alimentation de la planète.

Les trois synthèses qui vont suivre proposent une étude de trois formes d’encadrement de projets visant la transition vers des systèmes alimentaires plus durables, où l’action publique se fait à diverses échelles et différents niveaux d’engagement, mais où la mise en réseau s’avère fondamentale. En premier lieu, nous nous intéresserons à la Maison d’éducation à l’alimentation durable (MEAD) de Mouans-Sartoux, un projet alimentaire territorial multisectoriel et inclusif porté par la municipalité. Ensuite, nous nous pencherons sur Let’s Food Cities, un projet de coopération internationale entre villes pour aller vers des systèmes alimentaires plus durables, pour finir par l’étude de la Biovallée dans la Drôme, projet porté par plusieurs communautés de communes et soutenu par le conseil régional Rhône-Alpes.

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THEME 05. L’action collective au service de l’innovation

L’action collective, définie comme étant l’action concertée d’un ensemble d’individus en vue de défendre des causes et des intérêts communs, est une notion souvent mobilisée en sciences politiques. Elle permet aux acteurs de s’organiser et d’être force de proposition pour développer des systèmes alimentaires plus durables. Ensemble, ils accroissent leur potentiel d’innovation et leur visibilité.

Tout au long de ce chapitre, vous découvrirez des initiatives collectives qui ont émergé en France, en Espagne et au Liban. Six modèles organisationnels sont décrits et analysés. Chacun à leur échelle, ils participent à la création de connaissances, à la mutualisation de savoir-faire ou permettent aux individus d’agir pour le développement de leur territoire.

Cette session sur la thématique de la coopération a été introduite par Joseph Le Blanc, gérant de la coopérative d’activité Terracoopa, qui soutient l’installation des paysans et la création d’activité par une dynamique collective, un hébergement juridique et la mutualisation des moyens de production. M. Le Blanc a notamment insisté sur la capacité des structures collectives à organiser la « coopétition » au sein d’un secteur, c’est-àdire à faire travailler des acteurs économiques qui sont à la fois concurrents et collaborateurs.

Si l’action collective favorise l’innovation, ces travaux d’analyse soulèvent plusieurs questionnements. L’action collective prend-elle toujours en compte l’intérêt de tous ? À plusieurs va-t-on plus vite ? Comment diffuser l’action au-delà du collectif ? Se doter d’outils et méthodologies d’animation semble alors nécessaire pour créer une dynamique pérenne.

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